La naissance de Matilda au CALM

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Comme promis, voici la suite de « Mon choix d’accoucher en maison de naissance« …

C’était la 2e semaine de décembre 2016, j’avais décidé que Matilda, prévue pour le 15, arriverait cette semaine-là. J’étais à l’écoute de mon corps comme jamais, ce corps lourd qui se préparait tout seul à mettre au monde un bébé. C’est fou dans ces moments-là de voir à quel point la nature est bien faite, c’est rare d’assister à ce mécanisme indépendant de notre volonté ! Je me reposais, je dormais et Matilda descendait.

Le jeudi j’ai senti que ça commençait à bouger, doucement. Toute la journée j’ai eu des contractions toutes les 10min et je sentais bien qu’ elles étaient différentes. Ça démarrait, lentement, mais sûrement. Je les ai accueillies, j’ai marché, j’ai préparé les affaires de Mona. Il n’y a pas de faux travail, le corps ne bosse pas en vain, même si c’est long. Le jeudi soir nous avons emmené Mona chez nos amis, au cas où ça se réveillerait durant la nuit.
Ce soir-là je me suis couchée, tranquillement bien décidée à dormir pour être en forme pour notre marathon. Les contractions ce sont arrêtées.
A 6h du matin elles ont redémarré, bien plus fortes : c’était parti pour de bon cette fois. Je me suis levée pour m’installer dans le salon, j’ai mis de la musique douce et j’ai essayé de gérer comme je pouvais. Ce n’était que le début, je le savais et pourtant j’avais du mal. J’ai écrit à ma sage femme qui m’a dit de venir à l’ouverture de la maison de naissance, pas de problème si je ne me sentais pas de faire le gros du travail chez moi. Je me suis douchée et puis on est partis à 10h.
Les contractions étaient espacées mais me terrassaient. Et finalement la poche des eaux s’est rompue, ce qui m’a étonnamment soulagée. Dans la chambre du CALM, j’avais de la place et plein de possibilités pour m’aider à gérer la douleur.
Le soleil traversait les baies vitrées, il y avait du jazz à la radio… J’ai passé du temps sur le ballon, qui m’aidait beaucoup à chaque contractions. Mister I. me massait fort le bas du dos pour me détendre à chaque phase de récupération.
Pendant ce temps-là, à la maison de naissance, c’était le déjeuner de Noël ! Même ma sophrologue était là et est venue me faire un petit coucou. J’arrivais encore à rigoler !
Dans la cuisine du CALM, Mister I m’a préparé des coquillettes et du jambon, histoire de me donner des forces.

Ma sage femme ne m’a pas auscultée en arrivant, au CALM c’est comme ça qu’elles font. Car l’annonce d’un col pas assez ouvert peut entraîner un découragement de la maman et bloquer les hormones qui provoquent les contractions. Ce n’est donc qu’à 14h que j’ai su : j’étais à 4cm, seulement… Habiba avait raison, j’étais désespérée, j’ai pleuré en me disant que je n’allais jamais y arriver. J’étais au même stade quand j’ai perdu pied pour la naissance de Mona. Habiba à fait une manipulation pour aider un peu à l’ouverture, je ne sais pas exactement quoi. Et là tout s’est accéléré. S’il y a un moment où j’ai pensé à la péridurale, c’était là. Ensuite, je n’y penserai plus, étant incapable de bouger ne serait-ce que pour monter un demi étage !
Ma sage-femme a rempli la baignoire, à partir de ce moment là elle ne m’a plus lâchée, et on peut dire qu’elle a donné de sa personne… Elle m’a boostée un peu en me disant qu’il fallait que je sorte de ma zone de confort. A chaque contraction, je me soulageais en trouvant une position qui évitait au bébé d’appuyer trop sur le col. Mais si je voulais que ça bouge, il fallait que j’aille au charbon.
L’eau chaude m’a fait un bien fou et m’a permis de me mettre totalement dans ma bulle. Ma main gauche était dans celle d’Habiba, la droite dans celle de Mister I. Chaque contraction était plus douloureuse et plus longue que la précédente. Mais les phases de récupération duraient 5min, 5min durant lesquelles, grâce à la sophrologie, je lâchais prise et je dormais presque. Aujourd’hui je suis persuadée que c’est en partie grâce à ce lâcher prise, que j’ai pu tenir ces 12h de travail.

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Ma chambre au Calm

Quand j’ai à nouveau passé un pallier de douleur, Habiba m’a dit « mets toi en colère et fais de sons graves en poussant ». À chaque contractions je poussais pour que mon col s’ouvre un peu plus en disant bien fort OOOOOOOOOO. Je n’avais jamais été attirée par le chant prénatal et pourtant, quelle efficacité !
Et puis Habiba m’a fait sortir de l’eau, j’étais à 9 cm. Encore une fois j’étais dans ma zone de confort mais je fatiguais. J’avais de plus en plus de mal à gérer. C’était long et je n’allais pas tarder à perdre pied. Elle le savait. Il fallait que je sorte, pour accélérer les choses et en finir enfin. J’avais une peur bleue de la vague qui allait m’emporter en dehors de l’eau. M. I. m’a séchée je crois, je n’ai plus un souvenir bien précis de ce moment-là. Mes yeux étaient clos, j’étais enfermée sur cette naissance, sur l’accompagnement de mon corps si douloureux.

Debout contre un pilier, j’avais des draps suspendus au plafond pour m’accrocher, pour mordre, pour m’enfouir. Habiba m’a ausculté une dernière fois, Matilda arrivait. Et là j’avoue, sur les minutes qui ont suivi, j’ai perdu pied. La douleur ? La sensation dingue de mettre au monde un bébé ? Cette poussée ultra puissante et incontrôlable ? Je ne sais pas… Habiba me disait « n’aies pas peur de tes sensations ! »
Quelques minutes plus tard la tête de Matilda était dehors, je poussais une dernière fois pour l’attraper et la voir, vite. Pour la première fois depuis longtemps, j’ai ouvert les yeux. La nuit était tombée sans que je m’en rende compte, dans un coin de la chambre la lumière douce d’une guirlande brillait. Je me suis accroupie et j’ai regardé Matilda qui ne pleurait pas. Elle m’observait de ses grands yeux, si calme ! Je lui ai montré mon plus grand sourire en lui disant « Hello ma jolie ». Nous étions tous les trois, c’était fou.
Je lui ai dit merci, merci d’avoir si bien travaillé, avec moi, pour que cette naissance soit si belle et si magique.
Moi qui ne m’en croyais pas capable, j’avais donné naissance à Matilda, le plus naturellement du monde, ce 9 décembre à 17h25.

Épilogue (même sans prologue)

Habiba m’avait dit « ce soir tu dors dans ton lit ! », c’est ce qui aurait dû se passer mais une complication en a décidé autrement. Si je ne m’étendrai pas sur le sujet, je tiens tout de même à vous en parler pour bien montrer que même quand il y a un problème que l’on n’attend pas, accoucher en maison de naissance ne représente en aucun cas un risque supplémentaire.
Ma situation n’était vraiment pas top top mais j’ai été incroyablement bien prise en charge, et ce très rapidement. J’ai été transférée 1/2 étage au dessus, à la maternité des Bluets. Tout s’est bien terminé et je n’ai jamais gardé de mauvais souvenir de ce moment. Ce qui me reste en tête : cette naissance parfaite dans ce lieu incroyable, si bien accompagnée par Mister I. et Habiba.

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9 comments on “La naissance de Matilda au CALM

  1. Picou
    22 décembre 2017 at 8 h 43 min

    Ton retour d’expérience est très intéressant, je suis sûre qu’il pourra encourager beaucoup de femmes, reste que ce genre de structures me semble quand même assez rares, et forcément très courrues, donc, on a dans les faits relativement peu de chance de pouvoir en bénéficier – mais quelle belle aventure! J’ai accouché 2 fois en hôpital classique, dont la 2ème sans péridurale, mais sans avoir du tout été accompagnée (la non-péri venant d’ailleurs du fait que l’équipe était trop débordée pour s’occuper de moi). Et je pense que cet accompagnement, ce soutien fait une grosse différence!

  2. Eve
    22 décembre 2017 at 9 h 02 min

    Tu es trop forte, je suis fière de toi !

  3. julie_freckles
    22 décembre 2017 at 9 h 36 min

    Mais quel joli récit, si touchant et si doux.
    Pour ma part, on faisait du chant prénatal pendant mes cours de yoga quand j’étais enceinte, et j’ai toujours trouvé ça un peu ridicule… Et pourtant, c’est ce qui m’a sauvé le jour de mon accouchement! C’est quand même incroyable ce que la puissance de ces sons peut soulager!

  4. DeboBrico
    22 décembre 2017 at 10 h 21 min

    Oh que c’est beau…
    ça me donne follement envie.
    Ce que je trouve dur à mon stade de grossesse finalement c’est de ne pas avoir encore toutes les données en mains… est ce que ma grossesse va bien se passer? pas de diabète, pas de tension, pas de bébé en siège… Et du coup de ne pas être vraiment certaine d’accoucher en maison de naissance.
    Au pire ça sera en plateau technique et ça sera bien j’en suis certaine, mais j’aimerais avoir une certitude…. en même temps en matière de naissance peut on vraiment avoir une certitude, ou planifier à l’avance??

  5. Isabelle
    22 décembre 2017 at 14 h 10 min

    Merci de partager ce moment. Je suis très émue…
    J’ai accouché à peine 1 mois après vous aux Bluets. Ainsi votre récit résonne…
    Joyeuses fêtes à votre très jolie famille

  6. Isaline
    22 décembre 2017 at 19 h 47 min

    Merci pour ton récit ! Il me rappelle de beaux souvenirs!.. J’ai accouché de mes deux enfants dans une maison de naissance (j’habite en Suisse), les deux dans l’eau avec la même sage-femme. Mais deux naissances très différentes. Joyeux Noël !

  7. Amandine
    22 décembre 2017 at 20 h 17 min

    Je suis admirative et je t’envie. J’ai commencé mon premier accouchement en salle « nature », je ne voulais pas de péridurale. J’avais tout prévu : homéopathie, huile de massage spécial accouchement, postures avec le ballon, les lianes…et puis…et puis j’ai perdu les eaux un samedi à 17h15 alors que j’étais déjà épuisée (nuit d’avant quasi blanche)…J’ai tenu jusqu’à 23h et puis j’ai « craqué » et j’ai voulu la péridurale…je m’en suis voulu un moment et puis finalement je me dis que c’est que ça devait se passer comme ça. Mais je suis tellement admirative de celles qui ont réussi à ne pas craquer !
    Merci pour ton récit, il m’a replongee 10 mois en arrière. Bonnes fêtes à toi !

  8. Am
    24 décembre 2017 at 9 h 07 min

    Quelle expérience magnifique. Je suis ton blog depuis bien longtemps maintenant et tu l’ignores mais nous avons vécu un accouchement à quelques jours d’intervalle en 2016. J’ai donc suivi avec intérêt tes témoignages sur le sujet.
    Pour mon premier garçon, j’ai accouché aux bleuets et j’ai été suivie par Habiba. Malheureusement j’ai eu une césarienne programmée et je crois que je n’avais aucune confiance en mon corps pour accoucher par voies naturelles. Mais ces quelques rdv que j’ai pu avoir au CALM m’ont sans doute ouvert une porte vers des possibilités d’accouchement « différent ».
    Pour mon second ( qui est né le 5/12/2016), aux lilas, j’ai pu accoucher naturellement et cette expérience m’a permis de me découvrir et a, d’une certaine manière, changée ma vie.
    L’accouchement tel que tu l’as vécu est tellement puissant, merci pour ton témoignage et merci de raconter pour aider à faire avancer les méthodes actuelles!.

  9. Auriane
    2 février 2018 at 9 h 14 min

    Merci de partager ton expérience ! As-tu une adresse de sophrologue à recommander sur Paris ?
    Merci

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