Mon rêve parisien

Dans 8 jours je fermerai la page de mon rêve parisien, celui de mon adolescence, celui de vivre à Paris. S’il est bon de rêver chaque jour, il est aussi bon de regarder les rêves accomplis. Dans ma liste de rêve, je peux cocher « vivre (à) Paris » et m’en aller sereine.

J’ai vécu toute mon enfance et mon adolescence à Niort. Niort, l’ennui incarné quand on a 16 ans.

Moi je rêvais de Paris, cette ville immense et prometteuse avec la Tour Eiffel au milieu.

On n’est pas souvent allé à Paris quand j’étais petite. Je revois bien mes copines au collège ou au lycée qui passaient des week-ends parisiens avec leurs parents mais nous ce n’était pas dans nos habitudes.

Je me rappelle d’un week-end dans l’appartement de ma tante vers Neuilly, j’avais 3 ans et j’avais mangé mon premier macdo.

Je me rappelle l’appartement d’une amie de ma mère et notre passage chez elle avant d’aller prendre un avion pour l’Egypte.

Je me rappelle les jours passés dans l’appartement de mon oncle et ma tante à Boulogne, avec leur bébé tout neuf qui dormait avec moi dans le salon. J’y suis allée deux ans de suite et c’est avec eux que j’ai découvert Paris. Ils m’avaient emmenée aux galeries lafayette, au musée grevin et dans une pizzeria en forme de train. Mon oncle bossait beaucoup, et le soir leur 2e bébé dormait dans la salle de bain faute de place.

De ces souvenirs je garde une fascination pour ces petits appartements mignons dans lesquels je me sentais si bien. Je revois les immeubles qui défilent devant mes yeux émerveillés derrière une vitre de voiture.

Pour mes parents Paris c’était la grande ville, jolie mais impossible à vivre. Quand j’évoquais le fait d’y vivre un jour, on me disait que c’était cher et qu’après quelques mois, je reviendrai certainement plus vite que mon ombre.

Et puis je me rappelle de cette semaine géniale qui a scellé mon amour pour Paris. J’avais 18 ans, je venais de passer le bac et j’avais bossé tout l’été. J’arrivais pour une semaine parisienne avant mon entrée à la fac. J’étais dans le petit studio de mon amie du lycée, qui intégrait une école d’art. La journée j’étais seule, j’allais où je voulais, comme je le voulais. J’étais tellement libre ! Chaque jour j’explorais un nouveau quartier, j’allais dans un musée, je lisais en terrasse, je faisais du shopping, j’allais voir une émission à la Maison de la radio… et le soir on sortait, les piques niques sur les quais, les bars, les caveaux du 5e…

Je voulais vivre ici, c’était sûr.

Après Nantes, Bordeaux. Après Bordeaux, Paris. C’était presque certain en choisissant l’édition comme avenir.

J’ai commencé par venir en stage l’été, plusieurs semaines pour apprivoiser la ville, pour rencontrer des gens, pour faire le cœur d’artichaut à St Germain.

J’ai dormi chez la maman de ma copine à Châtillon, chez une amie de maman à Clamart, chez mon amie Laure à Jules Joffrin, chez mon amoureux de l’été à Saint Michel. J’ai fini mon mémoire chez une connaissance de ma grand-mère à Ségur, j’ai squatté chez un autre amoureux à St Ouen. J’ai dormi avec mon amie aux Halles, j’ai emprunté l’appartement de mon maître de stage et ami aux abbesses.

J’ai fait un stage Quai de Conti, puis un autre près de Marcadet. J’ai travaillé chez Gibert à Strasbourg Saint Denis, j’ai étudié à Saint Cloud. J’étais hôtesse d’accueil dans les hôtels des beaux quartiers puis vendeuse rue de Passy.

En arrivant je trouvais ridicules ceux qui disaient « Montpar » et « Repu ».

J’ai visité un studio à Laumière à 7h du matin, j’ai dormi dedans le soir-même. J’ai habité en coloc dans un super appartement avec mes deux amies. Le matin chez moi à St ouen, le soir chez l’amoureux dans le 15e. Le matin dans le 15e, le soir à St ouen.

J’avais une carte orange, une carte imaginR et aujourd’hui un pass Navigo.

J’ai roulé en camion sur le périphérique.

On a emménagé à Bastille dans l’appartement d’un couple d’hôtesse et steward. On a échangé notre appartement pour un été à New York.

On a arpenté le marais en long en large en travers.

J’ai pris tellement de TGV, de métro, de Rer, de Bus, de VTC…

Et Mona est née un 12 juin 2012 dans le 12e et on a rouvert la porte de notre 40m2 avec un bébé tout chaud dans les bras.

8 mois plus tard on refermait cette porte pour ouvrir celle de notre 65m2 dans le 20e. Ça nous semblait immense. On adorait ce quartier, on a fait connaissance avec Rosa notre gardienne, et puis les boulangers, le boucher, et les gens du Franprix. Et puis le fromager est arrivé, le caviste aussi. Le marché c’est le mercredi et le samedi.

J’ai profité de la beauté de Paris pendant 3 ans à bosser à Saint Michel. Et puis histoire de tout tester, j’ai arpenté les couloirs du RER, le hall de Saint Lazare pour bosser hors de Paris.

Et puis Matilda est arrivée un 9-12-2016 dans le 12e. Et on a franchi la porte de notre appartement du 20 avec notre bébé tout chaud.

C’était il y a 2 ans et demi, on savait qu’on était en sursis.

On a vécu Paris, tellement. Intensément. Avec les amis, avec les enfants, avec les frères et sœur qui nous ont suivi. On a traîné dans les squares crados, on a appris les couleurs à nos gosses grâce aux voitures et au rayon fruits et légumes du Monop’. On a fait deux parisiennes qui bientôt ne le seront plus et pour qui il ne restera peut-être pas grand chose de cette vie.

Il est temps pour nous de refermer cette page rêvée et accomplie. Depuis quelques années j’ai un nouveau rêve : celui de pouvoir prendre nos filles à l’école à 16h30 si l’envie nous prend et de filer prendre l’apéro sur la plage…

À suivre !

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